Joel Spolsky a écris une série d'articles sur les méthodes de management d'une équipe. Il identifie 3 méthodes principales que l'on retrouve en divers proportions dans le style tout à fait personnel de chaque manager.

(Note: je déteste le mot manager, c'est typiquement une expression laissant croire qu'il existe un métier de manager, ce qui est loin d'être le cas. On ne peut pas se bombarder Manager, c'est une compétence qui se travaille avec l'expérience et tient à la fois du rôle de père, de frère, de grand-père, de conseiller, de gourou, de sergent recruteur selon les besoins et l'humeur. Donc dans la suite par manager je pense à une personne qui doit gérer un groupe. Ce qui dans le monde de l'informatique, qui m'intéresse, se résume à une bande de gamins avec un age mental moyen négatif)

La méthode militaire

La méthode commander et controller consiste essentiellement à s'assurer une obéissance totale du subordonné par une autorité forte et une grande hiérarchisation. Cette méthode se révèle plutôt efficace pour:

  1. Prendre des gens normalement constitués.
  2. Les transformer en un tas de troufions lobotomisés.
  3. Les trimballer dans des conditions qu'on n'imposerait même pas à des animaux vers des lieux où vous n'iriez pas avec votre petite soeur.
  4. Leur faire faire des activités éminemment dangereuses et débiles que tout animal avec un instinct de survie plus gros que celui d'une amibe refuserait de faire.

Si cette méthode se révèle efficace dans le contexte d'une usine avec des méthodes de travail Tayloriennes, dans le monde de l'informatique et en général dans tous les travaux intellectuels c'est une catastrophe:

  1. Généralement les personnes qui ont une profession intellectuelle (je parle ne parle pas ici des boulots pliage de chemises et repassage de cravates) ont aussi une formation universitaire qui s'accompagne le plus souvent une allergie à toute forme d'autoritarisme. D'où l'expression typique des militaires: putains de gauchistes d'universitaires.
  2. Autant il est difficile de mal visser un écrou, autant pour saboter une tâche intellectuelle comme écrire un programme, il existe une infinité de méthodes. Le manager qui tenterait le passage en force se retrouverait vite à se demander pourquoi sa productivité subie une chute normalement associée avec la trajectoire d'objets balistiques.

Bref, ce genre de méthode est à exclure si l'on cherche à diriger une bande d'informaticiens qui ont naturellement des tendances anarchistes.

La méthode incitative

La méthode Econ 101 du nom du cours d'introduction à l'économie des universités américaines est basée sur l'incitation financière des travailleurs. Autant le dire tout de suite aucune personne avec plus de deux grammes de cervelles ne devrait s'amuser à mettre en place ce genre de méthodes. Seul les imbéciles qui n'ont suivi que le cours Econ 101 et qui croient en la beauté absolue du marché libre et dérégulé comme on croit au Père Noël, peuvent penser à réussir à manager une équipe avec cette méthode.

En théorie, dans le monde merveilleux des économistes purs et durs qui ne descendent jamais voir ce qui se passe en ce bas monde horriblement terre à terre, cette méthode est une construction élégante et fonctionnelle. Toute ou partie du salaire du travailleur est indexée de manière proportionnelle à une métrique de productivité afin de l'inciter à mieux travailler. Notre brave petit GBFFO (Grouillot de Base au fin fond de l'organigramme) se retrouve stimuler par l'appat du gain et donc va redoubler d'ardeur pour satisfaire ses bon maîtres . Cependant dans la réalité, les salariés ont vite fait de trouver une faille dans la métrique et de la retourner contre le système afin de gagner plus tout en travaillant moins. C'est l'ineffable de la nature humaine, surtout quand son instinct de prévarication est titillé.

  1. Accordez une prime aux testeurs en fonction du nombre de bugs trouvés et ceux-ci vont se multiplier à une vitesse relativiste. Pas besoin de viagra pour faire se redresser les courbes mollassonnes.
  2. Accordez une prime aux développeurs inversement proportionnelle aux bugs générés et le nombre de bugs corrigés ou acceptés va bizarrement s'écrouler puisque les développeurs refuseront de prendre en compte ceux-ci.
  3. Indexez le salaire du PDG sur le cours en bourse de l'action de l'entreprise, genre en lui fourguant des stock options, est la meilleure méthode pour entrer dans l'histoire au côtés de sociétés comme Enron, Worldcom et Parmalat.
  4. Payez les pompiers au nombre d'interventions comme en Galice et les feux se propageront plus vite que la vérole dans une armée.

Ne jamais se baser sur un vice humain pour mettre en place un système de management. Le diable qui sommeille en chacun se montrera toujours plus malin que vous. (Bon d'accord, le jeu de mot été facile.)

La méthode identitaire

La dernière méthode est à la fois la plus difficile à mettre en oeuvre et la plus efficace. Il s'agit pour le travailleur de s'identifier à son travail ou à son entreprise. Le but est de créer une motivation intrinsèque pour venir travailler. Il ne faut pas que le matin en se levant le GBFFO se demande pourquoi il se lève. Il faut que son boulot le force à sauter du lit l'oeil alerte, la truffe humide et la queue frétillante (OK peut-être pas ce point là).

Cette méthode est la plus efficace car une fois la motivation établie, les salariés seront plus à même à donner le meilleur d'eux mêmes. De nombreuses méthode permettent d'arriver à ce résultat je citerai en vrac:

  1. Créer un esprit fort autour de la marque ou la société, genre Apple ou Google.
  2. Créer un esprit legio paster nostra ou comme le disait l'entraineur de l'équipe de France: On vit ensemble, On meurt ensemble. C'est souvent l'esprit des startups au début, tout le monde est embarqué dans la même galère. Si on se plante, on se plante ensemble. Si on réussie alors on se fait des couilles en or ensemble. Alors on se la joue Soviet en route vers des lendemains chantants sur fond de l'international de l'innovateur.
  3. Créer un esprit familial ou bande de copains dans l'équipe. c'est la version soft du point ci-dessus et c'est plus facile à mettre en oeuvre dans une grande boite.

Cependant cette méthode est la plus difficile à mettre en oeuvre car elle dépend de l'équilibre de tout un tas de facteurs aléatoires:

  1. On doit se sentir à l'aise au travail et ne pas voir la différence avec sa maison. On évitera les cubicles bruyants et autres joyeusetés du genre.
  2. Le membres de l'équipe doivent être là parce qu'ils aiment leur boulot et non parce qu'il n'y avait pas d'autres options à la fac.
  3. Dans la même veine, une bonne ambiance de travail n'est pas du luxe. On évitera de venir emmerder les développeurs avec les mesquineries des clients ou des fournisseurs, c'est le boulot du manager, les membres de l'équipe doivent avoir tout ce qui leur faut pour travailler en temps et en heure.
  4. Un peu de stabilité cela aide aussi. On ne vient pas foutre le bordel tous les 2 jours dans l'organisation du travail.
  5. Etc .....

Bref cette méthode demande beaucoup de doigté de la part du manager et ne s'apprend pas dans un MBA ou autre connerie du genre.

Conclusion

Dans tous les cas, en créant une motivation sincère de vos salariés, le travail s'en trouvera facilité. Ce n'est pas une condition suffisante pour réussir, mais s'en est certainement une nécessaire. Sinon, si vous bossez dans un environnement Taylorien, genre usine, la méthode militaire peut toujours marcher mais à vos risques et périls.