Google a sorti son nouveau service premium pour les entreprises qui permet pour un prix dérisoire, 50$/an/utilisateur, de bénéficier d'une série d'applications en ligne:

  • Gmail pour les mails.
  • Google Calendar pour les calendriers.
  • Google Talk pour la messagerie instantannée.
  • Page pour les sites webs.
  • Doc & Spreadsheets pour la bureautique.

Louis Naugès peut être fier puisqu'il prédisait cette évolution depuis un certain temps déjà et sa société a réussi à amener quelques beaux comptes pour essayer le service. Et si on peut se réjouir de cette avancée au service des entreprises innovantes, certain dont je fais parti sont plus réservés.

Passons tout de suite les arguments pour ou contre histoire d'expédier le fatras et se concentrer sur les vrais points de discorde (en plus certains le font [mieux que moi|http://blogs.pcworld.com/techlog/archives/003783.html|en):

  1. Google Apps ne fournit pas des fonctionnalités suffisament riches comme certains se plaisent à le souligner. Certe mais dans la pluspart des cas elles sont largement suffisantes surtout pour ce qui est de la partie communication. Pour la partie bureautique si vous avez des gros besoins nécessitant une application lourde OpenOffice.org est là pour vous satisfaire.
  2. A l'inverse Google Apps fournit des fonctionnalités de collaboration que l'on ne retrouve pas dans les suites classiques.
  3. Google Apps n'est pas enterprise grade. Dans la mesure où cette plateforme est utilisée en interne chez google, c'est une assertion un peu vite lancée. En la matière Google applique le bon vieux principe de eat your own dog food. Maintenant Si par enterprise grade vous entendez workflows collaboratifs documentaires avec chaîne de validation, vous devriez commencer par vous demander si c'est réellement nécessaire et comment votre entrepise a pu en arriver là. Par contre si votre problème est de respecter vos obligations SOX, là effectivement il se peut que Google Apps ne soit pas fait pour vous. Et encore, je paris que cela sera bientôt résolu.
  4. Google Apps nécessite d'être en-ligne. Tout a fait, mais la pluspart du temps vous utilisez votre ordinateur les fesses posées derrières un bureau. Donc à moins de vous trouver dans un pays sous-développé du haut débit, cela ne devrait pas être un problème rédhibitoire. Pour les fanas de la mobilité, il semblerait que Google travaille activement à ce problème.
  5. On ne maîtrise plus ses données. Si vous avez un niveau de service et une maîtrise de votre SI équivalente à Google (c'est à dire un cluster de classe planétaire de plusieurs centaines de milliers de machines avec les données répliquées dans 3 datacenters différents), alors là oui vous pouvez vous poser la question sinon, il va falloir revoir vos objectifs.

Ce qui nous amène à la véritable question:

Peut on avoir suffisament confiance en Google pour lui confier nos données confidentielles?

Et là le bat blesse. Tout d'abord Google est une société basée aux USA donc soumise aux lois américaines. Quand on voit ce qui est arrivé avec la société Swift pourtant basée en Europe à propos de transfert de données bancaires privées aux services de renseignement US, on peut avoir des doutes.

Heureusement comme Google l'a déjà démontré, le gouvernement américain a intérêt de s'accrocher avant d'obtenir la collaboration de la compagnie dont la devise est ne pas faire le mal. Quand les sbires de dubia étaient venus réclamer les logs des requêtes des internautes, ils avaient reçus un acceuil plus que frais comparé à d'autres sociétés du secteur. La compagnie de Moutain View ne prend pourtant pas tant de précautions quand il s'agit de travailler avec le gouvernement chinois.

La question reste donc entière de savoir avec quelle énergie Google résistera à l'avenir aux requêtes pressantes voir indécement insistantes mais pas forcément justifiées des authorités des divers pays où il dispose d'un datacenter? Si l'on peut avoir une relative confiance dans l'équipe dirigeante actuelle, qu'en est-il à l'avenir? Le monde de la high-tech évolue extrèmement rapidement et on a vu des société prométeuses coulées par des dirigeants totalement incompétents. Pour l'instant Google a su garder sa philosophie de startups contestataire. Mais toutes les sociétés finissent par rentrer dans le rang. Combien de temps avant que Google ne devienne comme Yahoo ou Microsoft et finisse par collaborer activement avec le gouvernement américain? Dans la guerre économique actuelle, c'est une donnée que les sociétés françaises devraient garder en mémoire avant de s'offrir les services de Google.

Ma conclusion est que si l'on est une société sans besoins de confidentialité, Google Apps fournit une bonne base de départ pour monter un SI performant et innovant. Par contre si l'on a besoin de garder pour soi des informations, se monter soi même son système pourrait se révéler utile. Heureusement certaines compagnies apportent des solutions pas forcément très connues mais plutôt convainquantes pour vous faciliter la vie.