Mesure et efficacité en politique et ailleurs
Par Nicolas Chapin le samedi 5 janvier 2008, 16:15 - Point de vue - Lien permanent
Gloire à notre vénéré leader, l'efficacité de nos chers ministres va être mesurée. Bon au delà de l'effet d'annonce bling bling[1] se pose quelques problèmes. Le genre de problèmes habituels quand il s'agit de mesurer une performance et d'en déduire une information valide et utile. Joel Spolsky a déjà développé le sujet, mais je vais le reprendre en français pour être plus claire.
Quand on pose une métrique, on doit s'intéroger sur un certain nombre de questions (les usuals suspects qui, quoi, quand, comment, pourquoi, ...):
- Qu'est-ce que l'on mesure?
- Comment le mesure-t-on?
- Quel est le domaine de définition et d'application?
- Que traduit la mesure?
- ...
Pour cela on va prendre la métrique la plus pathologique de l'action politique, à savoir le nombre d'expulsions d'étrangers en situation irrégulière. Je ne vais pas faire dans la politique pour dire c'est bien ou c'est mal. Là n'est pas mon propos.
Première question: le quoi
Que mesure-t'on ici? a priori la réponse est simple, le nombre de pauvre bougre que l'on a foutu à la porte du pays. Oui mais encore précisément sur quels chiffres s'appuit-on?
- Le nombre d'arrêtés de reconduite à la frontière exécutés et/ou non?
- Doit-on y inclure ceux litigieux et/ou ayant été annulés par un tribunal?
- Le nombre de personnes exilées par avion, bateau, train ou trotinette?
- Cela inclut-il les personnes ayant utilisées le programme de départ
fortement incitévolontaire? - etc.
Bref, mesurer quelque chose nécessite de d'abord bien délimiter le problème pour pouvoir ensuite bien définir la métrique. Mais on bon on peut faire confiance à notre administration pour ne pas se vautrer dans le mélange des genres.
Tu la vois ma métrique?
Bon maintenant qu'on a (hypothétiquement) une mesure correct du nombre de clandestinos virés à coups de pompe dans le cul, se pose la seconde question: Au fait? pourquoi se fait-on chier à mesurer celà? Ben oui, ce n'est pas tout de dépenser l'argent du contribuable mais encore faut-il le justifier. (Quoi, je suis naif moi?). Enfin bref. Parce que l'on a fait du bon boulot au point précédent on sait que notre glorieuse administration a réussi à virer disons 19368 personnes de sexe masculin, féminin ou en cours de transition. Mais qu'est ce que cela traduit dans la réalité?
Comme toute bonne mesure il faut un point de comparaison sinon elle ne sert à rien. On pourrait éventuellement la comparer à la même mesure de l'année précédente mais pour cela il faudrait encore que la métrique et son domaine de définition n'ait pas changé entre-temps. Avec un gouvernement victime d'un mouvement brownien permanent ce n'est pas garanti.
C'est moi qui ais la plus grande
Ensuite une fois un point de comparaison établi, il faut encore interpréter la mesure. Après nos deux sections précédentes nous avons une mesure fiable et une évolution, allez soyons fous +10%. C'est bien joli tout cela mais dans la réalité cela traduit quoi?
- Un surcroit d'activité de la police?
- Une augmentation de la productivité de l'ubërpoulaga?
- Une plus grand nombre de clandestins présents sur le territoire?
- Une baisse de la capacité de survie en milieu hostile d'iceux?
- Une baisse de motivations de leurs avocats?
Là on tombe franchement dans le politique le plus pur. Dans la réalité cette mesure est destinée à évaluer l'atteinte d'un objectif de reconduite à la frontière fixé on ne sait pas trop comment, probablement en fonction de l'age du capitaine. Au vue des informations actuelles dans la presse il s'agit d'une métrique bêtement stupide destinée à faire du chiffre. La comparer à quoi que ce soit serait au mieux une preuve de stupidité malsaine.
Et le monsieur il propose quoi?
Dans l'idéal, pour bien évaluer une politique migratoire il faudrait réussir à mesurer le nombre d'entrée. Pas facile dans la mesure où la population cible est par définition cachée. Mais bon faisons comme si nous avions une politique claire et nette obligeant les personnes voulant s'établir sur le territoire franzousiche à se déclarer au près d'une administration.
Par corrolaire on peut découper cette population en sous ensemble:
- Personnes pouvant rester.
- Personnes devant partir.
- Personnes devant partir mais inexpulsables pour une raison x, y ou z.
En se concentrant sur la deuxième catégorie, notre métrique du nombre d'expulsés prend tout son sens puisqu'elle permet de mesurer l'efficacité du gouvernement à reconduire ces personnes à la porte du pays. Surtout si l'on se base sur un chiffre aussi infalsifiable que le nombre de personne réellement déportées[2]. Elle peut même être comparée dans le temps en valeur relative pour mesurer les évolutions de cette politique.
Conclusion
Mesurer une performance est quelque chose de très difficile à ne pas laisser dans les mains de têtes de noeuds. Il faut bien définir le but, le quoi et le comment de la mesure sinon tous nos efforts ne servent à rien. Les hommes politiques sur ce point devraient beaucoup plus s'inspirer des méthodes scientifiques.
Notes
[1] Au fait, suis-je le seul à trouver bizarre que le gouvernement soit obligé pour faire celà d'engager une société de conseil privée? N'y a-t'il donc pas quelques hauts ou bas fonctionnaires capables de faire ce boulot? surtout au TJM qu'ils doivent facturer.
[2] Admis ici, dans son sens original d'exil.


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