Il y a quelques temps, Louis Naugès avait commis une série d'articles sur la
diffusion des oeuvres multimédia et leur dématérialisation totale:
- épisode 1 ou comment Blu-Ray et HD-DVD sont devenus obsolètes
avant même leur sortie.
- épisode 2 ou pourquoi les supports physiques vont
disparaître.
- épisode 3 ou comment le marché se bouge.
Dans l'ensemble M. Naugès fait preuve de son indefectible optimisme dans les
technologies et la bontée humaine que je ne partage pas nécessairement, mais
bon on va mettre cela sur ma misanthropie naturelle. Mais plus sérieusement,
dans une optique de dématérialisation totale de la diffusion des oeuvres
multimédias, se pose un certain nombre de problèmes que je vais détailler par
la suite:
- La bonne volonté des ayants droits des oeuvres.
- Une véritable chaîne de diffusion à valeur ajoutée.
- Les barrières psychologiques chez le client.
Par la suite, je parlerai généralement de l'industrie du disque, mais mon
propos s'applique également à toute autre forme d'oeuvres multimédia.
De l'offre et de la demande
Première difficulté de la diffusion dématérialisée: pour qu'il y ait un
marché, il faut une offre et une demande. Pour la demande il n'y a pas de
problèmes, il n'y a qu'à voir le succès des réseaux P2P. Le blocage vient
plutôt l'offre. Il n'est pas peu dire que les maisons de disques mettent de la
mauvaise volonté à entrer sur le marché de la diffusion dématérialisée. Normal,
leur métier est de vendre des disques.
Alors que les technologies existent depuis des années on ne voit apparaître
que depuis récemment des offres de téléchargement légal. Pire la pluspart de
ces offres se basent sur des technologies dépassées (Streaming) ou inutiles
(DRM) afin d'empêcher le vilain client de faire ce que bon lui semble avec la
musique qu'il a acheté comme en faire plusieurs copies pour chez lui, sa
voiture, son épou(x|se), l'Ipod des enfants, le chient, le chat et le poisson
rouge. Faut pas déconner, ce n'est pas parce qu'il a payé qu'il doit se sentir
libre de faire ce qu'il lui plait.
Mise à part iTunes, les solutions proposées, sont de piètre qualité à des
tarifs indécent. Il s'agit plus de manoeuvres rétrogrades d'une industrie qui
marche à reculons vers l'avenir que d'un réel engagement au service du client.
Cette immobilisme eput s'expliquer par plusieurs facteurs:
- Incompétence manifeste et délictueuse des dirigeants des entreprises du
disque. Il y a beaucoup à dire sur le sujet, mais je dépasserai du cadre de ce
billet.
- Peur de la contrefaçon. Mais comme le souligne Louis Naugès:
Les
“majors” sont traumatisés par les fameuses copies pirates qui circulent sur
Internet. Ils oublient trop vite que le piratage n’a pas attendu Internet. Il y
a toujours eu, il y aura toujours un marché parallèle où se vendent des CD ou
DVD illégaux.
- Peur de concurrents plus intelligents (suivez mon regard vers Cupertino). Le libre commerce n'est
accepté par ses turifaires qu'à partir du moment où ils sont en position de
force.
- Toujours les mêmes schémas mentaux de prendre les client pour des pigeons
(le terme technique est
consomateur
) qui devraient se sentir honorés de
donner leur argent dans les poches des maisons de disques. Il voudrait pas en
plus qu'on leur donne quelque chose en contre partie ces cons. Il faut arrêter
de croire au père noël.
On peut donc tirer notre chapeaux à des entreprises comme Apple, MySpace ou Lulu qui cherchent à innover et à permettre la
diffusion des oeuvres numériques aux plus grands nombres dans le respect des
artistes et des clients. Et peut aussi féliciter les prises de positions
courageuses de Yahoo Music et de Fnac Music contre les systèmes de DRMs. Quand
tout le monde sera aussi lucide, on aura fait un grand pas en avant.
La guerre des formats
Deuxième problème de la dématérialisation de l'offre des oeuvres numériques,
le format des
fichiers.
Au bon vieux temps du CD audio, vous preniez votre onde sonore en entrée,
vous mesuriez son amplitude 44100 fois par secondes sur les 2 canaux stéréos
avec une précision de 2 octets et vous fourriez le tout dans un tableau. Voili
voilou vous aviez un joli CD. Pas question de DRMs ou autre fariboles,
n'importe qui ayant sous la main les spécification de la norme CD audio (5000$
la version papier quand même) pouvait utiliser ce format.
Aujourd'hui chaque constructeur/éditeur tente de tirer la couverture à lui
dans une série de batailles dignes d'une cour de récréation:
- HD-DVD vs. Blu-Ray.
- AAC vs. WMA vs. MP3 vs. OGG vs. tous les autres que j'oublie.
- AVI vs. MP4 vs. WMV vs. ...
Bref, toute cette affaire vire au joyeux bordel. Microsoft a même lancé son
propre format d'images considérant que les normes JPEG universellement
comprises par tous n'étaient pas assez bien pour eux. Evidèment tout ce petit
monde fait tout ce qui est en son pouvoir pour pourrir la vie de ses
concurrents en refusant de fournir des licences pour leurs technologies ou en
affichants des tarifs prohibitifs. Il n'y a que la commission européenne pour
croire au joies de la concurrences.
Du coup tout le monde est incompatible avec tout le monde et le marché qui
pourrait être florissant sinon est totalement plombé par la mauvaise volonté
des uns et des autres. C'est un peu la tactique de la terre brulée version
Hiroshima. A mon avis c'est là qu'il va faloir faire le plus de ménage.
La qualité des contenus
La grande question est ensuite la qualité des contenus. Ici, la distribution
entièrement dématérialisée pourrait faire des miracles. N'étant plus limitée
par la capacité de stockage du support, il devient facile de distribuer des
contenus en haute définition (HD). A mon avis Ushuaïa en HD sur écran géant,
cela doit péter le feu de dieu. Il faudra juste trouver un moyen de bailloner
Nicolas Hulot.
C'est ici qu'une solution payante de téléchargement prend tout son sens et
sa valeur ajoutée, parce que franchement, les Divx ou les MP3 que l'on trouve
sur les réseaux P2P, du point de la qualité de son ou d'image, c'est une
catastrophe absolue. Et je ne parles même pas du nombre de fois où vous vous
faîtes refiler un film porno chinois sous-titré en bélouchistanais
oriental.
Bref quand les majors Hollywoddiennes ce seront aperçues qu'elles peuvent
distribuer à peu de frais des films de qualité optimale et quand elles
arrêteront de prendre leurs clients pour les dindons de la farce, on aura fait
un grand pas en avant. A ce sujet, une solution intéressante est le logiciel
Democracy TV qui
associe RSS et Bittorent pour diffuser des films à peu de frais. Il y a, à mon
avis, un concept à creuser de ce côté là.
Client mon ami
Le dernier problème est à mon avis le client final en lui même. Pour que la
dématérialisation totale marche, il faut résoudre encore quelques difficultées
avec le dernier maillon de la chaîne.
Tout d'abord, le client peut avoir des réticences à ne plus disposer
d'objets physiques à manipuler et à stocker. Personnellement, je suis un
véritable fétichiste du livre, alors avant de me faire lacher mes bouquins en
papier, il va falloir me passer sur le corps. Lulu a trouvé, je pense, un bon filon en permettant le
téléchargement des oeuvres et pour ceux qui le désirent une rematérialisation
sous forme de disque, livre ou poster.
Il se pose aussi la question de la connection Internet. Seulement 50% des
français ont un accès haut débit. Aux Etats-Unis le marché du haut-débit est
carrément sinistré par la voracité et la prévarication des opérateurs. Là où
l'on dispose de 20Mbits/s en France pour 30€/mois, aux States les clients ont
plutôt du 1 voir 2Mbits/s pour 50$/mois.
Ensuite, il faut pouvoir lire les fichiers téléchargés. Il faut donc des
périphériques pratiques et ergonomiques, fonctionnant correctement offline et
sans alimentation électrique pendant une durée descente. Pour la musique, des
solutions correctes existent avec l'Ipod et compagnie. Pour les films le
résultat est plus mitigé. Enfin pour les livres on nage en plein désert. Sony
semblait bien partie avec son lecteur à encre électronique, mais il est plombé
par un format propriétaire (cf. ce que je disais plus haut sur le sujet) et ne
semble pas vouloir sortir du marché japonais.
Enfin se pose la question de la sécurité des fichiers stockés. Un éclair qui
touche une ligne électrique a peu de chances de faire brûler ma collection de
CD. Par contre pour mon disque dur, je ne serais pas aussi optimiste. On se
retrouve donc avec le problème de sauvegarder ses données et/ou de pouvoir les
récupérer après coup. Ce qui nécessite des clients un peu plus avertis du point
de vue technique ou des fournisseurs de contenus en qui on puisse avoir
confiance. Quand on voit que Windows Vista ne pourra être réinstallé qu'une et
une seule fois, j'émets des doutes sur la durée de vie des oeuvres
dématérialisés.
Conclusion
Finalement, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que les
oeuvres numériques puissent être totalement dématérialisées.
- Les fournisseurs manquent de maturité.
- Les canaux de diffusion manquent de maturité.
- Les clients manquent de maturité.
Cependant des sociétés comme Apple, Google, Yahoo font beaucoup pour
remédier à cette situation et je pense que d'ici 5 ans on aura un marché
acceptable du point de vue de la ménagère de moins de 50 ans.