Joel Spolsky a
écris une série d'articles sur les méthodes de management d'une équipe. Il
identifie 3 méthodes principales que l'on retrouve en divers proportions dans
le style tout à fait personnel de chaque manager.
(Note: je déteste le mot manager
, c'est typiquement une
expression laissant croire qu'il existe un métier de manager, ce qui est loin
d'être le cas. On ne peut pas se bombarder Manager
, c'est une compétence
qui se travaille avec l'expérience et tient à la fois du rôle de père, de
frère, de grand-père, de conseiller, de gourou, de sergent recruteur selon les
besoins et l'humeur. Donc dans la suite par manager je pense à une personne qui
doit gérer un groupe. Ce qui dans le monde de l'infomartique, qui m'intêresse,
se résume à une bande de gamins avec un age mental moyen négatif)
La méthode militaire
La méthode commander et controller
consiste essentiellement à
s'assurer une obéissance totale du subordonné par une authorité forte et une
grande hierarchisation. Cette méthode se révèle plutôt efficace pour:
- Prendre des gens normalement constitués.
- Les transformer en un tas de trouffions lobotomisés.
- Les trimballer dans des conditions qu'on n'imposerait même pas à des
animaux vers des lieux où vous n'iriez pas avec votre petite soeur.
- Leur faire faire des activités éminements dangereuses et débiles que tout
animal avec un instinct de survie plus gros que celui d'une amibe refuserait de
faire.
Si cette méthode se révèle efficace dans le contexte d'une usine avec des
méthodes de travail Tayloriennes, dans le monde de l'informatique et en général
dans tous les travaux intellectuels c'est une catastrophe:
- Généralement les personnes qui ont une profession intellectuelle (je parle
ne parle pas ici des boulots pliage de chemises et repassage de cravates) ont
aussi une formation universitaire qui s'accompagne le plus souvent une alérgie
à toute forme d'autoritarisme. D'où l'expression typique des militaires:
putains de gauchistes d'universitaires
.
- Autant il est difficile de mal visser un écrou, autant pour saboter une
tâche intellectuelle comme écrire un programme, il existe une infinité de
méthodes. Le manager qui tenterait le passage en force se retrouverait vite à
se demander pourquoi sa productivité subie une chute normalement associée avec
la trajectoire d'objets balitistiques.
Bref, ce genre de méthode est à exclure si l'on cherche à diriger une bande
d'informaticiens qui ont naturellement des tendances anarchistes.
La méthode incitative
La méthode Econ 101
du
nom du cours d'introduction à l'économie des universités américaines est basée
sur l'incitation finançière des travailleurs. Autant le dire tout de suite
aucune personne avec plus de deux grammes de cervelles ne devrait s'amuser à
mettre en place ce genre de méthodes. Seul les imbéciles qui n'ont suivi que le
cours Econ 101
et qui croient en la beauté absolue du marché libre et
dérégulé comme on croit au Père Noël, peuvent penser à réussir à manager une
équipe avec cette méthode.
En théorie, dans le monde merveilleux des économistes purs et durs qui ne
descendent jamais voir ce qui se passe en ce bas monde horriblement terre à
terre, cette méthode est une construction élégante et fonctionnelle. Toute ou
partie du salaire du travailleur est indéxée de manière proportionnelle à une
métrique de productivité afin de l'inciter à mieux travailler. Notre brave
petit GBFFO (Grouillot de Base au fin fond de l'organigrame) se retrouve
stimuler par l'appat du gain et donc va redoubler d'ardeur pour satisfaire ses
bon maîtres . Cependant dans la réalité, les salariés ont vite fait de trouver
une faille dans la métrique et de la retourner contre le système afin de gagner
plus tout en travaillant moins. C'est l'ineffabilité de la nature humaine,
surtout quand son instinct de prévarication est titillé.
- Accordez une prime aux testeurs en fonction du nombre de bugs trouvés et
ceux-ci vont se multiplier à une vitesse relativiste. Pas besoin de viagra pour
faire se redresser les courbes mollassones.
- Accordez une prime aux développeurs inversement proportionelle aux bugs
générés et le nombre de bugs corrigés ou acceptés va bizarrement s'écrouler
puisque les développeurs refuseront de prendre en compte ceux-ci.
- Indexez le salaire du PDG sur le cours en bourse de l'action de
l'entreprise, genre en lui fourgant des stock options, est la meilleure méthode
pour entrer dans l'histoire au côtés de sociétés comme Enron, Worldcom et
Parmalat.
- Payez les pompiers au nombre d'interventions comme en Galice et les feux se
propageront plus vite que la vérole dans une armée.
Ne jamais se baser sur un vice humain pour mettre en place un système de
management. Le diable qui sommeille en chacun se montrera toujours plus malin
que vous. (Bon d'accord, le jeu de mot été facile.)
La méthode identitaire
La dernière méthode est à la fois la plus difficile à mettre en oeuvre et la
plus efficace. Il s'agit pour le travailleur de s'identifier à son travail ou à son entreprise. Le but est de créer
une motivation intrassèque pour venir travailler. Il ne faut pas que le matin
en se levant le GBFFO se demande pourquoi il se lève. Il faut que son boulot le
force à sauter du lit l'oeil alerte, la truffe humide et la quoeud fretillante
(OK peut-être pas ce point là).
Cette méthode est la plus efficace car une fois la motivation établie, les
salariés seront plus à même à donner le meilleur d'eux mêmes. De nombreuses
méthode permettent d'arriver à ce résultat je citerai en vrac:
- Créer un esprit fort autour de la marque ou la société, genre Apple ou
Google.
- Créer un esprit
legio paster nostra
ou comme le disait l'entraineur
de l'équipe de France: On vit ensemble, On meurt ensemble
. C'est souvent
l'esprit des startups au début, tout le monde est embarqué dans la même galère.
Si on se plante, on se plante ensemble. Si on réussie alors on se fait des
couilles en or ensemble. Alors on se la joue Soviet en route vers des
lendemains chantants sur fond de l'international de l'innovateur.
- Créer un esprit familial ou bande de copains dans l'équipe. c'est la
version soft du point ci-dessus et c'est plus facile à mettre en oeuvre dans
une grande boite.
Cependant cette méthode est la plus difficile à mettre en oeuvre car elle
dépend de l'équilibre de tout un tas de facteurs aléatoires:
- On doit se sentir à l'aise au travail et ne pas voir la différence avec sa
maison. On évitera les cubicles bruyants et autres joyeusetés du genre.
- Le membres de l'équipe doivent être là parce qu'ils aiment leur boulot et
non parce qu'il n'y avait pas d'autres options à la fac.
- Dans la même veine, une bonne ambiance de travail n'est pas du luxe. On
evitera de venir emmerder les développeurs avec les mesquineries des clients ou
des fournisseurs, c'est le boulot du manager, les membres de l'équipe doivent
avoir tout ce qui leur faut pour travailler en temps et en heure.
- Un peu de stabilité cela aide aussi. On ne vient pas foutre le bordel tous
les 2 jours dans l'organisation du travail.
- Etc .....
Bref cette méthode demande beaucoup de doigté de la part du manager et ne
s'apprend pas dans un MBA ou autre connerie du genre.
Conclusion
Dans tous les cas, en créant une motivation sincère de vos salariés, le
travail s'en trouvera facilité. Ce n'est pas une condition suffisante pour
réussir, mais s'en est certainement une nécessaire. Sinon, si vous bossez dans
un environnement Taylorien, genre usine, la méthode militaire peut toujours
marcher mais à vos risques et périles.