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mardi 31 octobre 2006

Dématérialisation totale de la diffusion des oeuvres numériques

Il y a quelques temps, Louis Naugès avait commis une série d'articles sur la diffusion des oeuvres multimédia et leur dématérialisation totale:

  1. épisode 1 ou comment Blu-Ray et HD-DVD sont devenus obsolètes avant même leur sortie.
  2. épisode 2 ou pourquoi les supports physiques vont disparaître.
  3. épisode 3 ou comment le marché se bouge.

Dans l'ensemble M. Naugès fait preuve de son indefectible optimisme dans les technologies et la bontée humaine que je ne partage pas nécessairement, mais bon on va mettre cela sur ma misanthropie naturelle. Mais plus sérieusement, dans une optique de dématérialisation totale de la diffusion des oeuvres multimédias, se pose un certain nombre de problèmes que je vais détailler par la suite:

  • La bonne volonté des ayants droits des oeuvres.
  • Une véritable chaîne de diffusion à valeur ajoutée.
  • Les barrières psychologiques chez le client.

Par la suite, je parlerai généralement de l'industrie du disque, mais mon propos s'applique également à toute autre forme d'oeuvres multimédia.

De l'offre et de la demande

Première difficulté de la diffusion dématérialisée: pour qu'il y ait un marché, il faut une offre et une demande. Pour la demande il n'y a pas de problèmes, il n'y a qu'à voir le succès des réseaux P2P. Le blocage vient plutôt l'offre. Il n'est pas peu dire que les maisons de disques mettent de la mauvaise volonté à entrer sur le marché de la diffusion dématérialisée. Normal, leur métier est de vendre des disques.

Alors que les technologies existent depuis des années on ne voit apparaître que depuis récemment des offres de téléchargement légal. Pire la pluspart de ces offres se basent sur des technologies dépassées (Streaming) ou inutiles (DRM) afin d'empêcher le vilain client de faire ce que bon lui semble avec la musique qu'il a acheté comme en faire plusieurs copies pour chez lui, sa voiture, son épou(x|se), l'Ipod des enfants, le chient, le chat et le poisson rouge. Faut pas déconner, ce n'est pas parce qu'il a payé qu'il doit se sentir libre de faire ce qu'il lui plait.

Mise à part iTunes, les solutions proposées, sont de piètre qualité à des tarifs indécent. Il s'agit plus de manoeuvres rétrogrades d'une industrie qui marche à reculons vers l'avenir que d'un réel engagement au service du client. Cette immobilisme eput s'expliquer par plusieurs facteurs:

  • Incompétence manifeste et délictueuse des dirigeants des entreprises du disque. Il y a beaucoup à dire sur le sujet, mais je dépasserai du cadre de ce billet.
  • Peur de la contrefaçon. Mais comme le souligne Louis Naugès: Les “majors” sont traumatisés par les fameuses copies pirates qui circulent sur Internet. Ils oublient trop vite que le piratage n’a pas attendu Internet. Il y a toujours eu, il y aura toujours un marché parallèle où se vendent des CD ou DVD illégaux.
  • Peur de concurrents plus intelligents (suivez mon regard vers Cupertino). Le libre commerce n'est accepté par ses turifaires qu'à partir du moment où ils sont en position de force.
  • Toujours les mêmes schémas mentaux de prendre les client pour des pigeons (le terme technique est consomateur) qui devraient se sentir honorés de donner leur argent dans les poches des maisons de disques. Il voudrait pas en plus qu'on leur donne quelque chose en contre partie ces cons. Il faut arrêter de croire au père noël.

On peut donc tirer notre chapeaux à des entreprises comme Apple, MySpace ou Lulu qui cherchent à innover et à permettre la diffusion des oeuvres numériques aux plus grands nombres dans le respect des artistes et des clients. Et peut aussi féliciter les prises de positions courageuses de Yahoo Music et de Fnac Music contre les systèmes de DRMs. Quand tout le monde sera aussi lucide, on aura fait un grand pas en avant.

La guerre des formats

Deuxième problème de la dématérialisation de l'offre des oeuvres numériques, le format des fichiers.

Au bon vieux temps du CD audio, vous preniez votre onde sonore en entrée, vous mesuriez son amplitude 44100 fois par secondes sur les 2 canaux stéréos avec une précision de 2 octets et vous fourriez le tout dans un tableau. Voili voilou vous aviez un joli CD. Pas question de DRMs ou autre fariboles, n'importe qui ayant sous la main les spécification de la norme CD audio (5000$ la version papier quand même) pouvait utiliser ce format.

Aujourd'hui chaque constructeur/éditeur tente de tirer la couverture à lui dans une série de batailles dignes d'une cour de récréation:

  • HD-DVD vs. Blu-Ray.
  • AAC vs. WMA vs. MP3 vs. OGG vs. tous les autres que j'oublie.
  • AVI vs. MP4 vs. WMV vs. ...

Bref, toute cette affaire vire au joyeux bordel. Microsoft a même lancé son propre format d'images considérant que les normes JPEG universellement comprises par tous n'étaient pas assez bien pour eux. Evidèment tout ce petit monde fait tout ce qui est en son pouvoir pour pourrir la vie de ses concurrents en refusant de fournir des licences pour leurs technologies ou en affichants des tarifs prohibitifs. Il n'y a que la commission européenne pour croire au joies de la concurrences.

Du coup tout le monde est incompatible avec tout le monde et le marché qui pourrait être florissant sinon est totalement plombé par la mauvaise volonté des uns et des autres. C'est un peu la tactique de la terre brulée version Hiroshima. A mon avis c'est là qu'il va faloir faire le plus de ménage.

La qualité des contenus

La grande question est ensuite la qualité des contenus. Ici, la distribution entièrement dématérialisée pourrait faire des miracles. N'étant plus limitée par la capacité de stockage du support, il devient facile de distribuer des contenus en haute définition (HD). A mon avis Ushuaïa en HD sur écran géant, cela doit péter le feu de dieu. Il faudra juste trouver un moyen de bailloner Nicolas Hulot.

C'est ici qu'une solution payante de téléchargement prend tout son sens et sa valeur ajoutée, parce que franchement, les Divx ou les MP3 que l'on trouve sur les réseaux P2P, du point de la qualité de son ou d'image, c'est une catastrophe absolue. Et je ne parles même pas du nombre de fois où vous vous faîtes refiler un film porno chinois sous-titré en bélouchistanais oriental.

Bref quand les majors Hollywoddiennes ce seront aperçues qu'elles peuvent distribuer à peu de frais des films de qualité optimale et quand elles arrêteront de prendre leurs clients pour les dindons de la farce, on aura fait un grand pas en avant. A ce sujet, une solution intéressante est le logiciel Democracy TV qui associe RSS et Bittorent pour diffuser des films à peu de frais. Il y a, à mon avis, un concept à creuser de ce côté là.

Client mon ami

Le dernier problème est à mon avis le client final en lui même. Pour que la dématérialisation totale marche, il faut résoudre encore quelques difficultées avec le dernier maillon de la chaîne.

Tout d'abord, le client peut avoir des réticences à ne plus disposer d'objets physiques à manipuler et à stocker. Personnellement, je suis un véritable fétichiste du livre, alors avant de me faire lacher mes bouquins en papier, il va falloir me passer sur le corps. Lulu a trouvé, je pense, un bon filon en permettant le téléchargement des oeuvres et pour ceux qui le désirent une rematérialisation sous forme de disque, livre ou poster.

Il se pose aussi la question de la connection Internet. Seulement 50% des français ont un accès haut débit. Aux Etats-Unis le marché du haut-débit est carrément sinistré par la voracité et la prévarication des opérateurs. Là où l'on dispose de 20Mbits/s en France pour 30€/mois, aux States les clients ont plutôt du 1 voir 2Mbits/s pour 50$/mois.

Ensuite, il faut pouvoir lire les fichiers téléchargés. Il faut donc des périphériques pratiques et ergonomiques, fonctionnant correctement offline et sans alimentation électrique pendant une durée descente. Pour la musique, des solutions correctes existent avec l'Ipod et compagnie. Pour les films le résultat est plus mitigé. Enfin pour les livres on nage en plein désert. Sony semblait bien partie avec son lecteur à encre électronique, mais il est plombé par un format propriétaire (cf. ce que je disais plus haut sur le sujet) et ne semble pas vouloir sortir du marché japonais.

Enfin se pose la question de la sécurité des fichiers stockés. Un éclair qui touche une ligne électrique a peu de chances de faire brûler ma collection de CD. Par contre pour mon disque dur, je ne serais pas aussi optimiste. On se retrouve donc avec le problème de sauvegarder ses données et/ou de pouvoir les récupérer après coup. Ce qui nécessite des clients un peu plus avertis du point de vue technique ou des fournisseurs de contenus en qui on puisse avoir confiance. Quand on voit que Windows Vista ne pourra être réinstallé qu'une et une seule fois, j'émets des doutes sur la durée de vie des oeuvres dématérialisés.

Conclusion

Finalement, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que les oeuvres numériques puissent être totalement dématérialisées.

  1. Les fournisseurs manquent de maturité.
  2. Les canaux de diffusion manquent de maturité.
  3. Les clients manquent de maturité.

Cependant des sociétés comme Apple, Google, Yahoo font beaucoup pour remédier à cette situation et je pense que d'ici 5 ans on aura un marché acceptable du point de vue de la ménagère de moins de 50 ans.

dimanche 30 juillet 2006

Cyberguerre contre Al Qaeda

Yahoo a un article très intéressant sur l'arrestation de Younis Tsouli l'instigateur de la propagande d'Al Qaeda sur le net. J'en retiens plusieurs pistes de réflexions sur la cyberguerre contre des organisations criminelles.

Pour l'instant les membres d'Al Qaeda (et des organisations criminelles en générale) ne semble pas bénéficier d'une formation très poussée en matière de cyberguerre. Certains les qualifient même de script kiddies, ce qui est une insulte dans le monde de l'informatique et correspond au niveau zéro de l'art du piratage informatique, des mecs tous juste bons à utiliser les outils basiques crées par d'autres. Cependant comme le souligne l'un des intervenants dans l'article, ce n'est pas parce qu'ils ont une connaissance basique qu'il n'ont pas de pouvoirs de nuisance. Les pirates du 11/09/2001 avaient une connaissance basique du pilotage et des cutters mais ils ont fait des milliers de morts.

Malgrès toutes les précautions qu'ils prennent (largement insufisantes), les membres d'Al Qaeda laissent des traces sur le net longues comme le bras. Ils peuvent être aisement repérés. Ce qui me ramène à une de mes réflexions de toujours:

Avant de faire des choses illégales sur le net, il vaut mieux avoir un sérieux bagage technique car l'anonimat avec les ordinateurs est une illusion.

C'est d'ailleurs un petit mélange de cybertraque et de social engineering qui a fait tomber Younis Tsouli. Ce qui m'amène au troisième point, on peut toujours compter sur la bêtise humaine. Il a suffit aux traqueurs de Younis Tsouli de lui tendre un piège pour son amour propre pour que celui-ci leurs fournisse son adresse IP sur un plateau. Autant mettre une grosse pancarte devant chez soi disant Je suis membre d'Al Qaeda.

Si l'article est très intéressant, je lui reproche toutefois de souligner les erreurs grossières d'Al Qaeda et des organisation criminelles en générales et de leur donner des pistes pour commencer à corriger ces problèmes. Je ne les citerais pas ici, mais j'en vois une bonne dizaine pouvant laisser la police dans l'obscurité la plus totale. De même l'article souligne quelque méthodes de luttes contre ces organisations dont je ne suis pas certain que la révélation soit du meilleur effet. En effet, il y la là une problématique de maîtrise de l'information très bien illustrée par la série des romans de Neil Stephenson Cryptonomicon. A partir de quand la révélation d'une information stratégique à l'ennemie est-elle préjudiciable à sa propre action?

Durand la seconde guerre mondiale, à part quelques mois en 43, les alliés pouvaient décryptés les messages Enigma de la marine allemande notament utiliser pour la communication avec les sous-marins. Cependant, malgrès le très net avantage que leur conférait cette source d'information, ils ne l'ont pas exploité à fond afin de ne pas éveiller les soupçons des Allemands qui auraient alors changé leurs systèmes de chiffrement et fait perdre du coup cet avantage stratégique. Les historiens s'accordent toutefois à dire que le cassage du code Enigma a permis de racourcir la guerre de 2 ans.

Ainsi on peut voir qu'en laissant deviner nos réelles capacités d'interception des informations d'un ennemi, on peut perdre les avantages stratégiques conférés. Il apparaît d'ailleurs qu'Al Qaeda commence à utiliser des technique beaucoup plus sofistiquées afin de transmettre de manière secrête des informations.

Finalement la cyberguerre se base à la fois sur une maîtrise technique plus poussée que ses adversaires et une plus grande intelligence dans l'utilisation des outils. Au vue des erreurs phénoménalement stupides que commettent les criminels ou les terroristes, on peut dire que l'avantage reste aux pays développés. Cependant donner de mauvaises idées à ces organisations n'est pas la meilleur méthode pour garder cette avantage.

mardi 25 juillet 2006

Et si même Yahoo s'y met

Yahoo aussi affirme que les DRMs ne servent à rien:

Our position is simple: DRM doesn't add any value for the artist, label (who are selling DRM-free music every day — the Compact Disc), or consumer, the only people it adds value to are the technology companies who are interested in locking consumers to a particular technology platform.

En français cela donne:

Notre position est simple : les DRM n'apportent aucune valeur ajoutée pour l'artiste, le label (qui vend de la musique non protégée chaque jour sur CD) ni même pour le consommateur. Les seuls qui bénéficient des DRM, ce sont les entreprises technologiques qui cherchent à verrouiller leurs clients sur leur plate-forme technologique.

Pour rappel j'avais commis un billet sur le problème de la maîtrise de l'information il y a quelques jours. Où j'évoquais l'inutilité et l'inéficacité de ces systèmes dans la pluspart des cas. Comme le souligne Tristan Nitot, si ces systèmes sont implémentés par Yahoo et Apple, c'est plus pour faire plaisir au majors du disque que pour une réelle question de contrôle des contenus. Sans cela, ils ne seraient pas à même de pouvoir proposer les catalogues des maisons de disques.

Il devient vraiement urgent de virer cette bande malfaisants qui squattent à la tête des maisons de disques.

mercredi 19 juillet 2006

Chez Q online

Voici un petit aperçu d'objets d'espionnage en vente en ligne. J'ai bien aimait la section des produits chimiques, les supers laxatatifs, c'est classe.

Plus sérieusement, il est étonnant que certains de ces objets soient disponibles librement à la vente au vu du danger qu'ils représentent. Mais comme le dit Bruce Schneier, cela nous permet de deviner les capacités dont disposent les espions aujourd'hui.

mardi 18 juillet 2006

La Première Dame du Net

len_std.jpg

Cette photo est utilisée depuis les années 70 comme image de tests pour les algorithmes de traitement de l'image. Je savais déjà qu'il s'agissait d'un extrait d'un poster de Playboy mais je viens de lire l'histoire originale.

L'image est tirée du poster central de Playboy de Novembre 1972 (qui soit-dit en passant fut la meilleure vente de tous les temps du magazine avec 7,161,561 copies). La playmate est Lena Soderberg (née Sjööblom). Aujourd'hui une respectable vieille dame mariée avec 3 enfants et vivant en suède. visit_icn.jpg

L'image a été scannée en 1973 par Alexander Sawchuk et ses comparses de l'USC Signal and Image Processing Institue. Ils en avaient marre de leur vieille collection d'images de tests datant des années 60. Ils ont donc scanné le poster central de Playboy pour avoir une image avec un visage humain, des couleurs chaudes et vibrantes. Du fait des limitations du scanner utilisé et de la volonté d'avoir une image de 512x512 pixels, l'image a cette forme particulière.

Malgrès de nombreuses controverses et les menaces de procès de Playboy, cette image est depuis plus de 30 utilisé comme standard pour tester les algorithmes de traitement de l'image. Lena Soderberg a même été invitée en Mai 1997 à la 50ième conférence de la Society for Imaging Science in Transmission avec l'aide de Playboy qui y voit maintenant une pub gratuite.

Ainsi par une vieille blague de potaches, Lena Soderberg est devenu la Première Dame du net.

PS: juste pour info, voici le scan du poster original. Mais alors vraiement à titre informatif ;)

len_full.jpg

dimanche 2 juillet 2006

Internet peut-il tomber

Il y a quelques jours, dans une revue de web je parlais d'un groupe de pression qui avait rédigé un rapport sur la sécurité du net et sa capacité de Resilience. Sur le coup je m'étais sérieusement énervé. Voici donc une analyse détaillée de ce rapport et de ses erreurs.

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